9/10

Thunderstone

En reprenant à leur sauce les éléments phares de l’héroïc-fantasy sous la forme d’un jeu de cartes innovant, Mike Elliott et son équipe ne s’y sont pas trompés et ont fait de Thunderstone un des jeux les plus original du moment. Ses mécanismes, sa patte graphique et le plaisir de jeu qu’il génère ont tôt fait de procurer un côté addictif au jeu. Un must-have pour tous ceux qui veulent s'essayer à quelque chose de différent.

Rappelez-vous le temps où vous étiez encore jeune et insouciant (c'est peut-être d'ailleurs encore le cas !). Vous avez sûrement joué à un moment où à un autre à un de ces jeux de cartes à collectionner : Magic the Gathering, Spellfire, Vampire, Le Seigneur des Anneaux, ou même encore Yu-Gi-Oh! pour être un peu plus actuel. Quel plaisir de construire son jeu de cartes, de le voir monter en puissance au fur et à mesure du temps, de négocier deux mois d'argent de poche pour acquérir LA carte qui complétera votre deck et de passer des heures et des heures à classer et à admirer vos cartes amoureusement rangées dans vos classeurs de collections. Que de bons souvenirs… ! Malheureusement, aussi agréables que pouvaient être ces jeux de cartes, ils avaient un inconvénient majeur : ils avaient la fâcheuse tendance à vous ruiner !

Et puis est arrivé Thunderstone


L'archer Feayn à son niveau max
Mais quelle différence entre Thunderstone et un jeu de cartes à collectionner standard ? Et bien Thunderstone n'est pas un jeu de cartes à collectionner. Alors pourquoi le comparer à l'un d'eux ? Et bien tout simplement parce qu'il en a l'odeur, parce qu'il en a les principes ; parce qu'il en reprend les codes et surtout parce qu'il est terriblement addictif… comme les jeux de cartes à collectionner.

Alors comment ça marche… ? La boîte se suffit à elle-même puisqu'elle comprend toutes les cartes existantes. Elle est composée de 530 cartes (ce qui ne veut pas dire 530 cartes différentes car la plupart se retrouvent en plusieurs exemplaires, ce qui au final donne un peu plus de 70 cartes différentes). Chaque joueur incarnera un groupe d'héroïques aventuriers qui arrivent au village assiégé de Barrowsdale situé près du donjon de Grimhold et le but sera de bâtir un groupe de héros équipés de sorts magiques et d'armes puissantes afin de trouver la légendaire pierre de Thunderstone.


Une épée de feu : lumière et
attaque magique combinées
Dit comme ça, ça semble terriblement banal. Et pourtant Thunderstone est un jeu bourré d'originalité et plutôt novateur par rapport à ce que l'on peut trouver dans la production ludique actuel. Démonstration en quatre points :

Originalité n° 1 : Les cartes utilisées changent à chaque partie : en effet, en début de partie, on choisit aléatoirement quatre héros parmi les onze existants, trois catégories de monstres parmi les huit existants et enfin huit objets, sorts, villageois et armes parmi les dix-neuf existants.

Originalité n° 2 : Chaque joueur construit son propre paquet de cartes non pas avant la partie mais DURANT la partie. Chaque joueur commence donc la partie avec seulement douze cartes de base et enrichit son deck au fur et à mesure de la partie. A chaque tour, vous aurez donc la possibilité soit de vous rendre dans le village pour ajouter une carte à votre deck en en payant le coût en or, soit entrer dans le donjon pour aller combattre des monstres, soit enlever une carte de votre deck.


Souffrance : l'un des
morts-vivants maudit
Originalité n° 3
 : A chaque tour, vous renouvelez votre main de six cartes et à chaque tours, vous jouez votre main entière. Dès que le deck est vide (ce qui arrive souvent au début car le nombre de cartes n'est pas élevé), on remélange tout et on reforme le deck.

Originalité n° 4 : Chaque carte possède des applications différentes selon le moment et le lieu où elle est jouée. Ainsi une « épée de feu » donnera un bonus d'attaque magique de +3 pendant un combat contre un monstre mais génèrera deux pièces d'or pendant la phase d'achat dans le village, permettant par la même d'acheter d'autres cartes. Autre exemple : un griffon possède des caractéristiques de combat lorsqu'on l'affronte, mais donnera un bonus d'attaque magique de +1 au héros qui l'a battu lors d'un prochain combat (car les cartes monstres vont dans le deck une fois battues) lui octroyant par la même occasion quatre points de victoire. Et oui, il y a aussi une notion de points de victoires car, si l'objectif est d'arriver à gagner la Thunderstone, il faut également avoir plus de points de victoires que son adversaire pour gagner.


Le Questeur à son niveau
maximum
Et après ? Est-ce que le fait d'être un jeu « juste » original fait de Thunderstone un jeu indispensable dans votre ludothèque ? Nous vous répondons clairement : « oui ». Car de qualités, le jeu n'en manque pas. Le concept fonctionne très bien et chaque tour constituera un véritable dilemme pour les joueurs. Acheter une carte au village pour renforcer votre deck ou vous enfoncer dans le donjon pour gagner des points de victoires ? Vous délaisser des cartes inutiles pour mieux faire tourner votre deck ou bien faire augmenter de niveau l'un de vos héros en allant au village ? Aller au village et acheter des héros ou bien acheter des sorts et des objets puissants ? De même le fait d'enchaîner les trophées de monstres vous accordera certes de nombreux points de victoires mais alourdira également votre deck et lui fera perdre de son efficacité. Thunderstone est donc un jeu de construction de deck très stratégique puisqu'il vous faudra en permanence vous adapter en fonction de ce que fait votre adversaire, des monstres peuplant le donjon et des cartes à votre disposition.


La gemme de lumière vous
octroie de la lumière mais pas
de puissance d'attaque
Et cette stratégie de construction de deck n'est qu'une des nombreuses qualités de Thunderstone. Les possibilités sont multiples dans les combinaisons de cartes provoquant un effet addictif très prononcé ainsi qu'une durée de vie fort appréciable : on n'a qu'une envie, celle d'essayer de nouvelles combinaisons de cartes et bâtir son deck en fonction. Le gain de points d'expérience permettant à chaque héros de gagner des niveaux avec des pouvoirs toujours plus efficaces pousse les joueurs à s'engouffrer dans le donjon et à taper du monstre et donne un petit coté RPG très agréable. Le fait de ne jamais savoir combien de points de victoire possède l'adversaire ajoutera une pression supplémentaire vous faisant souvent prendre des risques. Les pénalités de lumière, dues au fait de s'enfoncer toujours plus loin dans le donjon et rendant les monstres plus durs à battre, sont plutôt bien pensées et ajoutent un paramètre supplémentaire à prendre en compte dans l'achat d'objets / combat de monstre / construction de deck. Enfin le travail de création graphique de Jason Engle est remarquable : les dessins sont superbes et imaginatifs et les thèmes d'héroïc-fantasy sont magnifiquement rendus sans pour autant obstruer les différentes infos des cartes (de très bonnes qualité soit dit en passant). Et même si certaines cartes font intervenir des poncifs du genre (nains puissants au corps à corps et avide d'armes tranchantes, elfes redoutables au tir à distance, gobelins, dragons, pégases etc…), les auteurs ont eu la bonne idée d'y ajouter leur touche personnelle via un bestiaire très hétéroclite (avec notamment des morts-vivants maudits aux faux airs de Nazguls très réussis).


Le Chien de la nuit : faible
à tuer, mais nécessitant
beaucoup de lumière
Les plus tatillons d'entre vous trouveront sûrement quelques petits défauts comme les parties à quatre ou cinq joueurs qui peuvent durer un peu et où l'on attend son tour impatiemment, comme le peu d'interaction entre les joueurs (si ce n'est observer la tactique de l'adversaire pour le copier), ou bien encore certaines parties difficiles à mener en fonction du tirage des cartes de départ (aller essayer de buter un dragon noir immunisé à la magie et qui vous occit avec un simple mouvement de queue juste avec des cartes de magiciens, de villageois, de nourriture et torches ou lanternes). Heureusement, il n'est pas nécessaire de venir à bout des monstres pour gagner et le simple fait de les affronter fait avancer le jeu. Rien de bien rédhibitoire donc…

Pour résumer, on peut avouer que Thunderstone nous a surpris, et dans le bon sens du terme. Perturbant au tout début lors de la lecture des règles pour les habitués des jeux de cartes à collectionner, le jeu révèle très rapidement ses richesses. Ses mécanismes, sa patte graphique et le plaisir de jeu qu'il génère ont tôt fait de procurer ce côté addictif au jeu, ce qui est plutôt très bon signe. En reprenant à leur sauce les éléments phares de l'héroïc-fantasy sous la forme d'un jeu de cartes innovant, Mike Elliott et son équipe ne s'y sont pas trompés et ont réussi un bien beau pari. L'ensemble est limpide, imaginatif et accrocheur et ce ne sont pas les extensions à venir qui devraient nous faire dire le contraire…

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A propos de l'auteur

    6 commentaires

    • Guillaume

      21/06/2011 à 16h26

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      Ah moi je connaissais surtout des personnes qui faisaient fortune (tout est relatif) avec leurs cartes Magic J'imagine que ça en ruinait d'autres...http://jeu-societe.krinein.com/thu ... 16416.html

    • Islara

      21/06/2011 à 19h34

      Répondre

      C'est que ce jeu a l'air très tentant... faudra que j'essaie.

      Sinon, il est vrai que certains se ruinent bêtement, que ce soit avec Magic ou Yu-Gi-Oh. Mais avec un peu de discipline et d'astuce, on évite très facilement le piège, notamment via les échanges.

    • Islara

      08/08/2011 à 22h33

      Répondre

      Jeu en effet intéressant et très riche, ce qui évite le sentiment de répétition.

      Mais défaut de sa qualité, il faut du temps pour s'imprégner des règles et les erreurs bêtes sont légion au départ, ce qui est parfois très rageant.

      Il est aussi un peu dommage que chacun joue un peu trop de son côté et qu'il y ait peu d'actions contre les adversaires.

    • Maat

      10/07/2012 à 10h46

      Répondre

      Tiens, testé pour la première fois hier, c'est sympa, et en plus, j'ai gagné

    • Ryo

      10/07/2012 à 12h26

      Répondre

      N'est-ce pas...?! Et il y a deux extensions de prévues pour cette année dont une en stand alone

    • Maat

      10/07/2012 à 12h55

      Répondre

      J'en ferais pas mon jeu fétiche mais ça se laisse jouer

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